03 décembre 2023 | Temps de lecture : 8 minutes

Le grand problème arithmétique du « Grand Remplacement ».

Les malheurs des fachos avec les statistiques. Suite.

L’extrême droite est fâchée avec les chiffres. Par exemple sur le « cout de l’immigration » où ils nous sortaient les chiffres les plus fantaisistes.
Et plus généralement avec les statistiques! Nous les avions épinglé plusieurs fois. Que ce soit sur les chiffres des prisons. Du « racisme anti-blanc« .
La « christianophobie » et les profanations des lieux de cultes, du nombre de musulmans à Béziers, Etc…

Et c’est général.

Souvenez vous de Marine le Pen en face d’Anne-Sophie Lapix qui sombre littéralement à propos d’une simple multiplication :

En fait, ce problème est récurrent et se base sur deux pilier s:
– Ils tentent de faire dire aux stats ce qu’ils ont envie que la réalité soit. C’est l’éternel :

« Être un utopiste c’est vouloir que son imaginaire devienne une réalité ; être d’extrême droite c’est croire que son imaginaire est une réalité. »

– Et tout simplement aussi et plus prosaïquement, parce que leurs méthodologies scientifiques sont bidons. Car en vertu de ce qui précède, ils prouvent leur conclusion…avec leur conclusion. Bref la réalité ne les intéresse pas, ce qui les intéresse c’est la « vérité ». « Vérité » Vs « Réalité », un grand classique :

Vérité et réalité sont des notions qui se recoupent mais ne se confondent pas :

  • la vérité touche à la logique et à la raison,  un discours est jugé vrai ou faux.
  • la réalité touche aux choses, c’est-à-dire à la matière. Les choses sont réelles ou non, existent ou n’existent pas.

Et dans cet article, nous allons voir, bis repetita placent, que c’est une propagande récurrente dans la fachophère. Nous sommes tombés sur ce petit thread réalisé par un troisième couteau de la fachosphère: Avner Solal.  Et pour une fois ce n’est pas tant ce que le posteur publie qui est intéressant, mais les commentateurs:

Les musulmans en France

Combien y a t’il de musulmans en France? La question est importante pour tout faf. Alors qu’elle indiffère quasiment toute personne normalement constituée. Mais la fachosphère explique tous les problèmes par des facteurs exogènes. Depuis toujours. A l’ethnie, à la race, à la religion, la sexualité, etc… C’est pourquoi ils accordent à cette question une importance fondamentale ce qui soulève chez eux d’autres « vérités » absolument improbables.

I) Un peu de contexte

1) Un troisième quatrième couteau de la fachosphère

« Avner Solal » est un troisième couteau de l’extrême droite. Voire même un quatrième. Il n’a jamais réellement réussi à percer comme figure. Il réussit parfois à faire un peu de buzz comme ici ou , mais cela s’arrête là. Comme tous, il surfe sur les vagues de mode. Vaguement antivax dernièrement et protecteur de Raoult.
Il est légèrement obsédé par les musulmans. Il a déjà essayé de faire du buzz, il y a 5 ans, avec le même sujet qui nous intéresse aujourd’hui:

La fachosphère, championne du recyclage

Et d’ailleurs que dit il?
Il se contente de publier des extraits de télé montrant que les journalistes et les politiques sortent toujours le même chiffre sur le nombre de musulmans en France. Sous entendu muni de gros sabots :

  • C’est faux, ils sont beaucoup plus nombreux
  • Il y a un complot politico-médiatique nous cachant le chiffre réel

Disons le de suite, les journalistes et politiques faisant ces différentes interviews ne sont pas bien malins. Ils sont allé chercher un chiffre à la même source et recyclent sempiternellement celui-ci. Ce qui permet à Solal d’avancer sur du velours.

2) Les commentaires

En soit rien de nouveau. C’est peu ou prou la fameuse « théorie du grand remplacement« . On trouve d’autres versions du même sujet ailleurs, car c’est une obsession continuelle des extrêmes droites (et on avait parlé ici de cette obsession complotiste du grand remplacement).

Exemple avec la « rumeur du 9.3. »:

Il sort régulièrement de nouveaux avatars de cette théorie complotiste, de nouvelles versions. Et l’histoire de Solal n’en est qu’une de plus.
Ce qui nous semble significatif des conséquences de cette pensée, c’est ce qu’elle produit, ce qu’elle engendre comme narratif complotiste.
Jugez en par vous même.

Une surestimation du décompte.

Parfois de façon tellement caricaturale que l’on a du mal à y croire:

Entre 5 et 30 millions.

Mais à nouveau; justement; rien de nouveau là dedans, on sait que cette surestimation est ancienne.

La surestimation du nombre d’immigrés par les extrêmes droites

La Musulmanie

Et là nous direz vous, Solal parle de musulmans; et vous nous parlez d’immigrés; c’est confus. Et bien pas pour tout le monde. Car dans l’esprit d’un affidé de l’extrême droite, immigré=musulman. Et bien pire encore, un enfant de musulmans deviendra musulman. C’est un fixisme absolu. Mais ce n’est guère étonnant. Pour ces gens là, les groupes désignés sont homogènes et ne souffrent pas de clivages. Un enfant s’appelant « Mohamed » est -forcément- musulman.
A ce compte là, le nombre de catholiques devrait être continuellement croissant en France…

Musulmanie

Divers

Enfin on ajoutera à ce salmigondis, les grands classiques, comme:

La CAF

Ou l’éternelle fausse citation de Boumedienne:
La fRance

 

II) La réalité

1) Nombre de musulmans en France

Alors qu’en est il du nombre réel de musulmans en France?

Une étude de l’INSEE de mars 2023 est assez claire là dessus. 10% de la population soit 7 millions de personnes. Sauf que cette étude relativise le phénomène. Tout d’abord parce que si effectivement 91% de descendants de parents musulmans se déclarent comme tels, on peut se poser la question de ce qui définit réellement l’appartenance à cette religion. Seuls 20% des « dits musulmans » fréquentent un lieu de culte, et 58% prisent au moins une fois. Ce qui signifie que 40% ne prient pas, MAIS se déclarent musulmans? A savoir que 19 % des immigrés arrivés après 16 ans et 26 % des descendants de deux parents immigrés se déclarent « sans religion ».

En 1992, les jeunes d’ascendance algérienne se déclaraient à 30 % sans religion (si les deux parents étaient Algériens), voir à 60 % (si un parent seulement était Algérien).

Selon Olivier Roy, en France, et plus généralement en Europe, la catégorie « musulmans » est une catégorie « néo-ethnique » non associée à la religiosité (on peut donc parler éventuellement de « musulmans athées ») mais à une identité « acquise par la naissance et l’origine ». Un comble….
Cette identité de groupe différencie les musulmans non pas des « chrétiens croyants » mais, en France, des « Français de souche ».

Ceci explique que les différentes estimations arrivent à des chiffres parfois très différents selon que l’on définisse comme musulman une personne de foi musulmane ou tout simplement une personne appartenant à cette catégorie « néo-ethnique » quelle que soit sa confession.

Quant au nombre de convertis, il est largement fantasmé.

En France, selon le ministère de l’Intérieur et des Cultes, il y a 100 000 personnes converties à l’islam et environ 4 000 conversions tous les ans, chiffre qui aurait doublé depuis 1986. Les organisations musulmanes affirment que ce chiffre est de 200 000. Djelloul Seddiki, directeur de l’Institut de Théologie El Ghazali de la Grande mosquée de Paris, avance le chiffre d’un million de convertis en France en 2013.

Sauf que l’Observatoire de la laïcité rappelle en 2019 qu’« à l’inverse d’une perception générale, il y a aujourd’hui deux fois plus de personnes qui quittent la religion musulmane, c’est-à-dire qui viennent d’une famille de confession musulmane puis se déclarent “sans religion”, que de personnes qui entrent dans la religion ».

Enfin sur le sujet musulman=immigré, on touche au grand n’importe quoi.

Olivier Roy indique que le fait d’être musulman n’est qu’un élément parmi d’autres de l’identité des immigrants de la première génération. Leur identification avec l’aire d’origine est beaucoup plus forte : ils sont tout d’abord Algériens, Marocains, Tunisiens d’autres s’identifient par leur culture ou leur langue Arabes, Berbères (Kabyles, Chleuhs, Rifains), etc. Ce n’est pas aussi vrai avec la seconde génération, qui bien souvent ne parle même pas la langue des parents.

Cette observation, pourtant, n’est généralement pas valable dans le cas de certaines minorités comme les Turcs qui peuvent largement maintenir leurs liens culturels avec leur pays d’origine grâce au développement international des médias de leur pays. Toujours selon Olivier Roy, on assiste progressivement, sous les effets de la mondialisation et de la déculturation, au découplage entre religion et culture traditionnelle, comme cela s’est fait dans le christianisme. Ainsi l’islam qui prend racine en France et en Europe n’est pas un islam « civilisationnel » mais se veut « pure religion ». Selon lui, cette déculturation du religieux est la condition nécessaire à l’émergence d’un islam européen, même si le contenu théologique ne change pas plus que celui du catholicisme au cours des siècles.

Dans tous les cas de nombreuses études viennent renforcer cette peur fantasmatique, malgré les réassurances et les debunkages d’Hervé le Bras.

2) Stats « ethniques »

Car au fond à quoi servirait des « statistiques ethniques »?
Disons le à rien.
Tout d’abord parce que si les résultats n’allaient pas dans le sens de ceux avancés par l’extrême droite, celle-ci en nierait les résultats et parlerait de « complot ». Mais hypothèse d’école, si ces stats existaient à quoi serviraient elle? Bien entendu la fachosphère avance que celles ci prouveraient un lien entre immigration/criminalité.
Or on le sait rien n’est plus faux. Nous l’expliquions déjà il y a des années dans cet article, les facteurs favorisants de la délinquance sont les suivants:

« …les facteurs favorisant la délinquance comprennent :

  1. la pauvreté, le chômage, l’analphabétisme, l’absence de logements corrects et bon marché ainsi que des systèmes d’enseignement et de formation inadaptés;
  2. le nombre croissant de citoyens sans perspective d’insertion sociale et, dans le même temps, l’aggravation des inégalités sociales;
  3. la dissolution des liens sociaux et familiaux, aggravée par une éducation parentale inadéquate, éducation rendue souvent plus difficile du fait des conditions de vie;
  4. les conditions difficiles que connaissent les gens qui émigrent vers les villes ou vers d’autres pays;
  5. la destruction des identités culturelles d’origine ainsi que le racisme et la discrimination, qui peuvent mener à des désavantages au plan social, de la santé et de l’emploi;
  6. la dégradation de l’environnement urbain, notamment l’insuffisance des équipements collectifs dans certains quartiers, qui favorise la délinquance;
  7. les difficultés, créées par la société moderne, à s’insérer correctement dans la communauté, la famille, le milieu de travail, l’école et à s’identifier à une culture;
  8. l’abus d’alcool, de drogues et autres substances dont le développement est aussi favorisé par les facteurs susmentionnés;
  9. la multiplication des activités reliées au crime organisé, notamment le trafic de drogues et le recel;
  10. la promotion, notamment par les médias, d’idées et d’attitudes qui sont sources de violence, d’inégalité et d’intolérance ». (ONU, 1990)

Le fait que les immigrés/musulmans soient les populations les plus touchées en France par ces facteurs de risques n’importe pas à la fachosphère. Ils relient directement les deux musulmans=immigré=délinquance. Ils commettent là un magnifique « effet cigogne » (Cum hoc ergo propter hoc) reliant de façon parfaitement abusive causes et corrélations.
Les populations immigrées multiplient les facteurs de dégradation sociales qui mènent à la délinquance, ils ne sont pas délinquant PARCE QU’immigrés/musulmans.
L’idée qui consiste à accuser « les immigrés/musulmans » de délinquance est donc du même ordre, que d’expliquer les problèmes par les juifs dans les années 30. Du même ordre.

CONCLUSION

Tout ceci est malheureusement très classique et ordinaire dans le narratif d’extrême droite. Ces gens sont tous très fiers de détenir une réalité que leur cacherait les médias avec la complicité des « politiques mondialistes ». C’est le phénomène tout aussi habituel du complotiste qui cherche plus à créer une communauté de points de vue; que de connaitre réellement le monde qui l’entoure, avec les systèmes et les mécanismes le sous tendant.

 

 

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