21 août 2021 | 2091 vues | Anti-intox, Inclassables

Les « réinformateurs » du Covid: le « docteur Hamelin »

Hoaxes en santé (10)

Le principe de la « réinformation » a été largement utilisé par les petits désinformateurs professionnels des réseaux sociaux pendant la crise covid. Principe bien connu conceptualisé par la nouvelle droite dans les années 70 et qui consiste en un « cherry picking » soigneux et diffusé massivement afin de répandre vos idées:

C’est tout à fait cela, « l’inverse d’une démarche rationnelle », et que l’on nomme? Une « méthode hypercritique« … Accompagnée d’une bonne louche de « cherry picking » tout de même. C’est la rhétorique préférée de l’extrême droite. C’est même la base des sites de « réinformation », c’est à dire des sites qui collectionnent les faits divers qui deviennent accolé les uns aux autres, une vérité inévitable:

Pourquoi rassembler en effet ces scènes sous-titrées «  Quand un Ivoirien drague une Antillaise dans le RER…  », «  Une bagarre éclate à la poste du Lamentin en Martinique  », «  Racailles Vs vendeurs à la sauvette  », sinon pour encourager une lecture racialiste de ces faits divers ? La vidéo mise en ligne le 8 décembre dernier est à cet égard édifiante : intitulée «  Tranche de vie dans le métro parisien : « vous êtes des voleurs »  », on y voit une femme prendre violemment à partie un jeune homme qui vient apparemment de frauder pour entrer dans le métro, et fulminer rageusement contre ses origines immigrées…

En voici un très bon exemple.
Connaissez vous le « Docteur Hamelin » sur twitter? C’est un compte de désinformation massive d’un de ces petits tripatouilleurs de l’info à la sauce « réinformation ». Bien connu car déjà épinglé par LCI et  le Télégramme. La ou les personnes derrière se compte prétendent être une:

« ancienne Directrice médicale dans un grand laboratoire anglo-saxon en infectiologie ».

L’argument d’autorité par excellence, mais qui au vu des infoxs publiés ne laissent pas de place au doute: c’est faux. La rédaction est hésitante, les infaux à l’avenant, et les erreurs telles qu’un médecin de première année ne les feraient pas.
Par contre la technique de propagande est réglée elle comme du papier à musique ce qui laisse augurer d’un compte tenu par un propagandiste roué et  lié à la fachosphère. Comment le savoir? Un twittos a « invoqué » un bot bien connu de twitter capable d’analyser les retweets de ce compte et donc sa « tendance ». Or celle-ci est sans appel:

Les analyse de Red the bot

Quant au hoax lui-même le voici:

Les petites manipulations du « Dr Hamelin »

Nous sommes manifestement devant une technique classique de « glurge ». Les images sont impressionnantes, l’auteur ne cherche pas à faire réfléchir, bien au contraire, mais à choquer. En effet, comment réfléchir sainement devant des images qui relèvent d’un cauchemar de léproserie du Moyen age?
>>>AVERTISSEMENT AUX LECTEUR(TRICE)S SENSIBLES LES IMAGES MONTRÉES DANS L’ARTICLE DE CUREUS SONT EXTRÊMEMENT DIFFICILE<<<
Notons qu’un article est cité. Issu du site « Cureus ». Ce site se présente lui-même comme une revue médicale générale en libre accès connue pour son utilisation du crowdsourcing dans son processus d’examen par les pairs…
Ce n’est donc pas a priori à rejeter systématiquement, si l’on prend soin de vérifier la réputation des auteurs de chaque article auquel on accède. Fastidieux, mais pourquoi pas. On notera tout de même que sa réputation n’est guère élogieuse.
Mais après tout, et cela va vous surprendre, cela n’a guère d’importance. Et pourquoi? Parce qu’en fait ce faits divers est possible. Et alors vous allez vous nous dire que tout ceci remet en cause toute la vaccination anti covid et votre propre décision à le faire.
Et bien non et c’est là qu’est l’astuce de la réinformation utilisée par ce « D Hamelin ».
Les symptômes décrit dans le twitt sont malheureusement bien connu et existent sous deux formes assez semblables: le syndrome de Stevens-Johnson (SSJ) et la nécrolyse épidermique toxique (NET ou syndrome de Lyell).
On décrit traditionnellement ces deux affections cutanées comme les plus graves qui puissent survenir. Mais si c’est le cas nous direz vous, ce syndrome étant connu, il n’est pas spécifique d’un effet spécifique secondaire de la vaccination contre le covid?
Exactement, ce n’est aucunement le cas et d’ailleurs ce que le « D. Hamelin » vous cache (ce qui explique sans doute la capture d’écran du lien vers le site de Cureus et non le lien lui-même), c’est la conclusion de l’article de Cureus:

« This instance highlights an extremely rare vaccine consequence. But the benefits greatly outweigh the risks in the present circumstances, therefore there should be no hesitation among the community to seek vaccination. Therefore, as we report this case, we emphasize the rarity of the occurrence of this side effect, and given the circumstances, this should not influence the decision of taking the vaccine, nor add to the misconceptions out there. In our case, we explained the pathophysiology behind the development of toxic epidermal necrolysis secondary to vaccination and we highlighted the successfulness of eternacept as a safe and fast treatment of this condition. »

« Cet exemple met en évidence une conséquence vaccinale extrêmement rare. Mais les avantages dépassent largement les risques dans les circonstances actuelles, par conséquent, la communauté ne devrait pas hésiter à se faire vacciner. Par conséquent, alors que nous rapportons ce cas, nous soulignons la rareté de l’apparition de cet effet secondaire, et compte tenu des circonstances, cela ne devrait pas influencer la décision de prendre le vaccin, ni ajouter aux idées fausses là-bas. Dans notre cas, nous avons expliqué la physiopathologie du développement d’une nécrolyse épidermique toxique secondaire à la vaccination et nous avons souligné le succès de l’éternacept en tant que traitement sûr et rapide de cette affection. »

Tiens, tiens. Notons que la patiente a fort heureusement, entièrement récupéré.
Et juste avant cette conclusion:

Our patient had a full recovery after receiving two doses of etanercept.

Notre patiente s’est complètement rétablie après avoir reçu deux doses d’étanercept.

Ils précisent que deux autres cas sont connus de ce type de syndrome. 3 cas donc… sur deux MILLIARDS de personnes vaccinées…. A t’on déjà rêvé mieux comme « cherry picking »???

Car heureusement ce syndrome est extrêmement RARE! L’incidence du syndrome de Lyell est évaluée à environ 1 cas par million d’habitants par an. En Europe, l’incidence conjointe avec le syndrome de Stevens-Johnson est de 2 cas par million d’habitants par an. Dans certains pays d’Asie l’incidence pourrait être plus forte pour des raisons génétiques. On notera par ailleurs que la patiente SEMBLE (mais pas d’indication sûre là dessus) être d’origine asiatique.
Mais à nouveau nous direz vous c’est une incidence plus forte que celle présentée avec le vaccin ARN Pfizer. Et c’est là que cela devient cocasse…
Car ce syndrome est induit dans 70 % des cas par un médicament . 30% idiopathiques donc ce qui n’est pas négligeable. Les médicaments à haut-risque de NET  sont les sulfamides anti-infectieux, les antibiotiques, les anti-inflammatoires non stéroïdiens, les antiépileptiques, les antiviraux, et les médicaments du traitement de la crise de goutte.
Et vous avez bien lu: les antibiotiques, les anti inflammatoires, mais aussi, tenez vous bien l’ivermectine et l’hydroxychloroquine. Oups.
Tous médicaments que nous consommons relativement souvent pour les premiers mais qui avec l’ivermectine et l’HCQ forment le traitement de choc des antivax soit disant pour lutter contre la covid!!!!

Autant dire que nos antivax vous conseillent des moyens de vous guérir qui sont des centaines, des milliers de fois plus susceptibles d’entrainer ce genre d’horreur dans votre corps que le vaccin ARN…

Auteur de l’article : Sutter Cane

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