03 février 2019 | 681 vues | Dossier, Inclassable

Lieux de mémoire, le zoo humain de l’exposition coloniale de 1907 à Vincennes/Nogent sur Marne

Un article un peu particulier qui n’est pas un « debunkage ». C’est le récit de la visite d’un lieu ignoré par un de nos membres. Ce que l’on nomme aujourd’hui un « zoo humain ». Ce récit s’inscrit dans notre propos plus général de lutte contre l’extrême droite en montrant ce que la colonisation a crée et que la « bien pensance fasciste » occulte aujourd’hui. Un peu à l’instar de notre article sur « le Bon vieux temps des colonies » ou la vision faussée du FN/RN sur la colonisation, cet article vient rafraîchir les mémoires.
Cruellement.

Je suis tombé un jour sur un article. Il parlait d’un sombre passé colonial de l’Europe. En le lisant, j’ai vu que ça s’était passé pas très loin de chez moi, alors j’ai proposé à mon ami Didier d’y aller.

Voici ses impressions:

 

K : Bonjour Didier, peux tu te présenter en quelques mots stp ?

Didier : Je m’appelle Didier, je suis afro-descendant. C’est à dire qu’une partie de mes ancêtres ont été déportés par delà un océan. J’ai eu l’occasion de lire « Cannibale »(1) de Didier Daeninckx et de découvrir avec horreur l’existence de l’exposition coloniale. C’était logique pour moi d’y aller et de photographier le site découvert récemment (à travers le même article que moi – NDR).

K : Tu as donc visité les vestiges du zoo humain de Vincennes. Que peux tu nous en dire ? Quelles ont été tes impressions ?

D : ça fait froid dans le dos de voir ce qu’un livre avait laissé imaginé. J’imagine ces êtres humains emprisonnés forcés à jouer les caricatures dignes des livres d’Hergé. D’un côté j’étais en bad, d’un autre côté c’était une façon de dire aux ancêtres que leur combat n’a pas été vain. Il nous reste du chemin, beaucoup de chemin à parcourir mais ça avance.

K : Tu as pris des photos. Tu avais une idée en tête ? Pourquoi ? Quel message veux tu faire passer ?

D : Oui, j’avais une idée en tête. La photographie est une passion et elle sert à délivrer un message. Prendre des photos de ce site était pour moi une façon de dire : – nous continuons de penser à vous – frères et sœurs, ce lieu que la France ne met pas en avant existe, venez le voir.

 

Pour ce lieu, qui m’a mis très mal à l’aise, voici ce qu’on peut trouver sur le net :

« Souvent oubliée, l’exposition coloniale de 1907 dont l’ambition se limitait aux colonies françaises a été organisé au bois de Vincennes, en lisière de la commune de Nogent-sur-Marne. Le lieu même de cette petite exposition organisée par la Société Française de Colonisation, est resté intact, et l’on peut encore se promener à travers quelques pavillons de 1907, même si certain ont subi les outrages irrémédiables du temps et de la tempête de 1998. »

Inauguré le 8 juin 1907, l’exposition accueilli tout juste 1,8 millions de franciliens.
Inauguré le 8 juin 1907, l’exposition accueilli tout juste 1,8 millions de franciliens.

Inauguré le 8 juin 1907, l’exposition accueilli tout juste 1,8 millions de franciliens.

« Cinq villages sont reconstitués (Indochine, Madagascar, Congo, Soudan, Tunisie, Maroc) selon les grandes possession de l’empire français. Les indigénes de ces colonies avaient été amené pour parfaire l’animation. Il s’agissait de locaux, à qui on avait proposé un contrat et un salaire pour venir en France habiter ces villages sensés montrer comment l’on vit là-bas. Une fois sur place il est indéniables que ces personnes faisaient le spectacle à l’encontre de ce qu’aujourd’hui on appellerait la dignité humaine. Le visiteur pouvait voir de ses propres yeux, ses indigènes dont on parlait aux actualités cinématographiques. Rites religieux, danses, artisanat, la limite de l’exhibition était sans aucun doute dépassée. »

Outre le lieu qui en effet est délabré, ce qui est troublant, qui met mal à l’aise, c’est l’abandon de ces lieux, l’absence de volonté qu’il continue de vivre. Un peu comme un mauvais souvenir qu’on essaie d’oublier, d’enterrer, afin qu’il ne nous hante plus.

Pourtant, moi, cette image me hantera :

 

Et j’espère qu’il restera longtemps un lieu de mémoire, comme une cicatrice sur le front des racistes et des colonialistes.

K

=======================================================================

(1) : Cannibale : Gocéné, le vieux Kanak, a vu beaucoup de choses. Mais il y en a une, plus surprenante que les autres, dont le souvenir le ramène à Paris, en 1931, l’année où les siens furent échangés contre des animaux. On était à la veille de l’inauguration de l’Exposition coloniale et tous les crocodiles du marigot venaient de mourir… Que faire ? Pourquoi ne pas troquer des « cannibales » fraîchement arrivés de Nouvelle-Calédonie contre des reptiles croupissant au fond d’un cirque allemand ? Il raconte le périple parisien dramatique de Gocéné et Badimoin à la recherche de leur amie Minoé.

 

Ce lieu contient aussi d’autres constructions (statues, bâtiments, stèles, etc.) qui sont aussi autant de jalons de mémoire sur ce funeste passé.

  • Des bâtiments plus ou moins bien conservés:
  • De tentatives de reconstituer pour l’exposition une « ambiance » supposée des colonies
  • Des « hommages » aux colonisateurs
Eugène Napoléon Étienne, homme politique français, un des principaux chefs, du « parti colonial »

 

Eugène Napoléon Étienne est un homme politique français, né le 15 décembre 1844 à Oran (Algérie) et mort le 13 mai 1921 à Paris. Affilié à l’Alliance démocratique, il fut avant la Première Guerre mondiale l’un des principaux chefs, avec Auguste d’Arenberg, du « parti colonial », en organisant notamment en 1892 le Groupe colonial et des affaires extérieures à la Chambre des députés qui comptait environ deux cents parlementaires.

Il est à l’origine de la colonisation de Madagascar.

  • Et de nombreuses stèles hommages aux soldats coloniaux « morts pour la France »

 

 

 

Auteur de l’article : Sutter Cane

Sutter Cane

Laisser un commentaire