16 novembre 2022 | 76 vues | Communiqués, Dossier, Nos positionnements

Debunkers et radicalité

Temps de lecture : 4 minutes

Qu’est ce que les debunkers pensent de la radicalité ? D’ailleurs c’est quoi la radicalité ? C’est quoi être radical aujourd’hui ?

On se lance dans un exercice que nous voudrions plus régulier, écrire un texte collectif sur un thème dont nous avons discuté en amont. Après débat, nous livrons ici un texte produit sur la base de la diversité de nos avis. Le collectif des Debunkers de hoax est constitué de membres issus de courants différents de la gauche, et donc plusieurs perceptions très différentes.

Ce premier thème, c’est la radicalité.

Depuis des années, nous entendons parler de radicalisation. Tout dans le champ médiatique participe à la construction d’un grand méchant monde où une menace intérieure viendrait d’une plus grande radicalité : les jeunes, les musulmans, les écolos, la gauche, la droite…

Mais de quoi parle-t-on ?

Radical, on sait pas, mais les Debunkers c’est de gauche!

C’est quoi être radical ?

Parce que franchement, il y a de quoi se poser la question. La team premier degré est tenté de reprendre l’étymologie du mot, à savoir :

Radical
Qui vise à agir sur la cause profonde des effets qu’on veut modifier.
Définition du Wiktionnaire

Et maintenant qu’est ce qu’on en fait ?

Tout le monde a été unanime en restant méfiant sur l’usage qui peut être fait de ce mot.

Si la radicalité c’est revenir à la racine des choses, aller à l’essentiel d’une idéologie, ça ne dit rien de l’idéologie elle-même. En d’autres termes, la radicalité n’est pas péjorative, mais l’usage du terme peut prêter à confusion.

Et niveau confusion, une chatte n’y retrouverait pas ses petits : Le parti radical n’est pas plus radical que le parti socialiste est socialiste. Mais selon qui s’exprime, c’est toute la gauche ralliée sous l’étiquette NUPES qui est radicalisée, plus que le parti Radical du coup.

On voit donc que l’usage du sens original est largement déprécié pour privilégier un usage péjoratif évoquant l’extrémisme, le glissement vers la violence et des modes de vie en rupture. C’est le sens « par tous les moyens possibles ». C’est dire… Pour résumer, le pouvoir qui revendique une culture « centriste » qualifie tout ce qui est à sa droite et à sa gauche de radical. Mais aussi les néonazis, les islamistes, les wokistes, les féministes, les écolos… N’en jetez plus !

C’est celui qui le dit qui l’est

Vous l’aurez compris, dans le champ médiatico-politique, la radicalité est un gros mot. Pour autant, les changements climatiques vont nous imposer des changements si profonds que la radicalité devient peut être nécessaire. Et d’ailleurs, les populations en lutte ont-elles déjà obtenu des acquis sans aller jusqu’à imposer un rapport de force, quitte dans certains pays à y perdre la vie ?

Par ailleurs, nous vivons une séquence où l’extrême droite se dédiabolise : elle rompt avec la radicalité. Attendez, formulons le autrement : sa radicalité se normalise. En d’autres termes, le spectre politique se décale à droite (c’est le fenêtre d’Overton), et le discours gauche se radicalise mécaniquement. Si Pascal Praud fait les gros yeux en entendant parler d’égalité des droits, imaginez le en entendant parler du socialisme original ou l’abolition du patriarcat… (Non, mais imaginez quand même)

Du coup, l’intransigeance face au racisme, l’homophobie, le sexisme devient l’expression d’une violence terrible.

On peut plus rien dire !
(Anonyme, Paris, 2022)

Nous sommes donc aux prises avec le caractère très subjectif de la notion.

Les debunkers de hoax, c’est radical?

Cette question a divisé l’ensemble du collectif.

Oui

Si la radicalité revient à ne pas transiger avec l’extrême droite, c’est évident, nous sommes radicaux.

Nous sommes à cheval sur nos principes, on ne transige pas. C’est notre ligne de conduite. Mais après tout, être radical, ce n’est pas une fin en soit. D’ailleurs nous n’y tenons pas tant que ça : le simple fait de revendiquer « contre l’extrême droite » nous classe dans les organisations politiques militantes, critère dévalorisant aux yeux des médias. Les médias spécialisés dans le debunking ayant pignon sur rue ne revendiquent pas d’appartenance politique, ils ne sont pas neutres pour autant.

Ce sont nos détracteurs qui nous considèrent comme radicaux.

Non

Qu’est ce qu’il y a de radical à lutter contre les mensonges ?

Le collectif des debunkers ne fait pas de prosélytisme, et en tant que transpartisan, nous ne faisons pas la promotion d’une idéologie politique particulière.

Certains d’entre nous sont anticapitalistes, ça en tant que changement brutal et profond de la société, ça se pose là, c’est radical. D’autres sont plus proches de positions réformistes, c’est moins radical. Toujours est-il que le collectif ne revendique aucune de ces deux positions, elles existent et amènent une diversité d’idées et de discours.

Nous nous positionnons contre des idées politiques inégalitaires, violentes, oppressives et liberticides. Ce n’est pas un choix que de s’opposer. En revanche, nous avons le choix des armes, si vous nous pardonnez l’expression. Et l’utilisation de moyens non-violents, de prendre le temps de chercher, d’écrire, de réfléchir, ce n’est pas « par tous les moyens possibles ».

En ce sens , les Debunkers ne sont pas radicaux.

Pour conclure :

Pas de pitié pour les fafs, ils n’en n’auront pas pour nous.

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Auteur de l’article : Pavel DBK

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