01 janvier 2023 | 338 vues | Dossier, Gramscisme d’extrême droite

La rhétorique d’extrême droite d’accusation de « maladie mentale » chez l’opposant politique

De la psikhouchka à Adriano Segatori

Temps de lecture : 15 minutes

L’accusation de maladie mentale chez son opposant politique est un type de rhétorique utilisée de façon croissante à l’extrême droite. Il faut dire qu’il n’existe rien de plus stigmatisant que cette accusation qui disqualifie totalement celui qui en est affublé. Guère étonnant dès lors de cette tendance que nous allons ici analyser en profondeur. 

Pendant la campagne des présidentielles de 2017, nous avions été attiré par une interview sur une vidéo youtube. L’interviewé était un certain Adriano Segatori, psychiatre italien de son état, qui prétendait faire une analyse psychopathologique du candidat Emmanuel Macron. Qui aboutissait -bien entendu- à un diagnostic des plus sombres et inquiétant: Macron serait un « psychopathe ».

Segatori, psychiatre officiel de l’extrême droite italienne

Cette interview avait été reprise de très nombreuses fois par la fachosphère, puis par leurs suiveurs:

La fachosphère aime la psychiatrie

Et même si c’est loin d’être nouveau, les Debunkers constatent empiriquement que, chaque année grossit la musique orchestrée qui consiste à psychiatriser les adversaires politiques. C’est un mouvement de fond qui n’est pas réservé à l’extrême droite, bien évidemment. C’est une tendance dans les médias dits « mainstream », dans les tendances politiques du moment; mais la fachosphère se taille la part du lion. Bien loin de l’expression malheureuse du type: « c’est un raisonnement schizophrénique »; on assiste à de véritables campagnes d’imprécations accusant l’adversaire politique d’être un « barge », un « psychopathe », un « dérangé », un « malade mental », bref un « fou » en passant par toute la palette des termes stigmatisant, abondants dans le domaine de la psychiatrie.

Survol de cette tendance qui est en passe de devenir systématique.

I)De la psikhouchka à Segatori

A)La psychiatrie punitive

Comme nous le disions dans notre préambule, cette tendance n’est pas du tout nouvelle. Elle a même eu par le passé des aspects épouvantables de type concentrationnaires. L’abus politique psychiatrique dénommé « psychiatrie punitive » à une longue histoire. Il s’agit de poser un diagnostic très défavorable sur un opposant politique, ou des opposants participants d’une mouvement politique.
Cette méthode de répression a deux avantages. Elle permet de contourner les codes et les lois; et ainsi d’enfermer des opposants politiques ne relevant pas d’une pathologie mentale. Le gouvernement agissant ainsi pourra faire subir les pires abus à ces opposants, médications forcées, sismothérapies ou « méthodes psychiatriques expérimentales ». Si un jour l’opposant sort, on peut imaginer que sa volonté sera plus aisément brisée qu’en prison (où il pourra acquérir un statut de martyr et d’exemple), que celui-ci aura moins envie de s’y « refrotter », de déconsidérer complètement sa parole politique et enfin d’effrayer de façon plus drastique ses proches et sa famille; en plus de l’isoler socialement définitivement.
Et malheureusement de nombreux pays pratiquent ces méthodes.
Les exemples les plus connus étant l’Allemagne nazie, la Chine et l’URSS.

Mais d’autres pays ont aussi utilisé ces méthodes, comme les USA:

L’histoire des États-Unis est parsemée d’exemples de l’application de diagnostics psychiatriques pour renforcer les relations de pouvoir dans la société. Dès 1851, le médecin américain Samuel A. Cartwright a émis l’hypothèse que la cause de la fuite des esclaves africains en captivité était une maladie mentale appelée drapétomanie. Comme « remède » à cette « maladie », Cartwright a prescrit l’ablation des deux gros orteils, rendant la course impossible physiquement1.

Au temps de la lutte pour les droits civiques, le pasteur et activiste afro-américain Clennon Washington King Jr. a essayé en vain de s’inscrire à l’Université du Mississippi, entièrement blanche, pour un cours d’été de troisième cycle en 1958. La police du Mississippi a arrêté et confiné King dans un hôpital psychiatrique pendant douze jours au motif que « tout n***e qui a essayé d’entrer à Ole Miss doit être fou »1.

En 1968, une nouvelle version du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-II) de l’Association américaine de psychiatrie comportait une forte redéfinition de la schizophrénie pour inclure une nouvelle terminologie, notamment les termes « projection », « colère projetée », « colère » et « hostilité » – termes souvent utilisés pour décrire les actions des manifestants et des militants des droits civils. Dans son livre publié en 2010, The Protest Psychosis: How Schizophrenia Became a Black Disease, le psychiatre et critique culturel Jonathan Metzl montre comment ces révisions ont établi un lien fort entre les Afro-Américains et la schizophrénie que, dans les années 1970, on pouvait facilement le voir dans les publicités pour les médicaments antipsychotiques qui présentaient des images africaines et des représentations d’hommes noirs « belligérants » en milieu urbain avec les poings serrés du Black Power1.

Il existe de nombreux exemples historiques de dirigeants afro-américains dont l’état de santé mentale a été remis en question par ceux qui souhaitent brandir des diagnostics psychiatriques pour discréditer leurs appels à la réforme de la société. Selon des documents déclassifiés, le FBI a diagnostiqué chez Malcolm X une « schizophrénie paranoïaque prépsychotique » et a mis en évidence ses « complots » visant à renverser le gouvernement. Les commentateurs ont noté que même si des personnalités comme Malcolm X présentaient des symptômes de paranoïa, l’histoire montre que le gouvernement a vraiment réalisé son profilage et mis son téléphone sur écoute1.

Mais c’est en URSS, que la psychiatrie punitive devint une véritable institution.
La psychiatrie punitive en URSS était un système utilisé pour emprisonner les dissidents dans les hôpitaux psychiatriques, appelés psikhouchka (психушка en russe), souvent sous le diagnostic de « schizophrénie torpide » ou « schizophrénie latente », « schizophrénie larvée », « schizophrénie lente », « schizophrénie stagnante ». Certaines sources, datant de 2007-2009, signalaient que la pratique de l’abus de l’internement psychiatrique a toujours lieu dans la Russie contemporaine, l’exemple de Larissa Arap  reste malheureusement assez courant.

Si la pratique date du début du régime: les hôpitaux psychiatriques pénitentiaires sont créés dans les années 1930 à l’initiative d’Andreï Vychinski; c’est à partir des années soixante qu’elle se systématise.

L’article 58В du Code criminel de la République socialiste fédérative soviétique de Russie dispose :

« Les auteurs d’actes socialement dangereux commis dans un état de démence, soit qu’ils étaient déjà malades avant de les commettre, soit qu’ils purgeaient une peine liée à une maladie mentale qui les empêchait de prendre conscience de leurs actes ou de les contrôler, peuvent se voir imposer par le tribunal des mesures médicales obligatoires auprès des institutions hospitalières suivantes :

  1. un hôpital psychiatrique général ;
  2. un hôpital psychiatrique spécial. »

Il existe une autre procédure : l’hospitalisation sans plainte pénale en vertu des règlements médicaux. En 1961, entrent en vigueur les « Instructions pour l’hospitalisation d’urgence des malades mentaux, représentant un danger public » approuvé par le Ministère de la Santé de l’URSS (à partir du , sous le N° 04-14/32). Elle légitime de facto l’emprisonnement extrajudiciaire et les abus contre la santé humaine par un pouvoir arbitraire. Les instructions données en 1971, sont, en principe, semblables aux précédentes.

La tendance dominante de la psychiatrie soviétique est d’augmenter le nombre de construction d’hôpitaux psychiatriques. En 1935, 102 établissements existent en URSS disposant de 33 772 lits ; en 1955, 200 établissements disposant de 116 000 lits. Entre 1962 et 1974, le nombre de lits passe de 222 600 à 390 000 lits.
Les conditions de vie dans les hôpitaux psychiatriques punitifs sont concentrationnaires.

B)La référence psychiatrique de la fachosphère

Comme nous le disions plus haut, la vidéo de Segatori a eu un énorme succès. Tellement qu’il a renouvelé l’opération en 2022 à la veille du second tour:

Segatori II, le retour

Et surtout tellement de succès que Philippot, second du FN en 2017, ainsi que ses conseillers, se seraient basés sur cette « analyse » pour organiser la communication de Marine Le Pen pendant le débat de l’entre deux tours:

Canard Enchainé

Avec le succès flamboyant que l’on connait!

Adriano Segatori est un « vrai » psychiatre, membre du département de Psychologie juridique et Psychiatrie médico-légale de l’Académie italienne de la Science médico légale. Certes, mais ce n’est pas tout.
Il est aussi d’extrême droite. Sa fameuse vidéo fut publiée sur « destra.it », émanation du parti politique Mouvement social italien – Droite nationale, organisation néofasciste italienne. Il est aussi leader régional de Sovranità, mouvement proche de la Ligue du Nord et de CasaPound. Il se présente comme « anti mondialiste », souverainiste, pense l’immigration comme une « invasion extraterrestre organisée »…

Autant dire que l’on peut fortement douter de l’objectivité du psychiatre dans son analyse. D’autant que ce n’est pas tout. Segatori ne s’est jamais entretenu avec Macron…Son analyse s’est basée sur l’observation de nombreuses images et d’une biographie de Macron. Niveau éthique et déontologique, c’est assez moyen. L’analyse elle-même souffre d’une absence de rigueur clinique. Macron serait un « psychopathe narcissique », qu’il faut donc féliciter car ce genre de personnalité n’est quasi jamais adaptée à la société. L’être autant est un exploit! Puis vient une critique de sa « mégalomanie ». Certes. Sauf que ce n’est pas typique des psychopathes.

« Monsieur Macron a une très haute idée de lui même donc il a une personnalité dangereuse qui va ruiner la France »

. Exemple :le Général de Gaulle avait une très haut idée de lui même donc il a eu une personnalité dangereuse qui a ruiné la France .
Enfin Macron serait en opposition avec Marine le Pen car il ne supporterait pas qu’une femme s’oppose à lui.

 » Monsieur Macron n’aime pas la France parce qu’il n’aime pas la femme or la France c’est Marianne. Donc il n’aime pas Marianne donc il n’aime pas la France »

Décidément, on a vu de meilleures analyses. Et notre conclusion sera sans appel, un professionnel de santé qui use et abuse de sa fonction de praticien pour décrédibiliser E.M et donc sa politique est indigne de pratiquer. En fait, cette analyse est un prototype d’attaque ad hominem le tout mâtiné de validisme et de stigmatisation psychiatrique, un comble pour un soit-disant professionnel de santé.

Cette vidéo était donc un exemple extrême, mais qui a sans doute servi de valeurs d’exemple à toute la fachosphère, vu la frénésie d’accusation de maladie mentale chez leurs adversaires politiques qui les  a saisis depuis lors.

II) »Maladie mentale », fond, forme et pratique

A)Fond et forme

Il n’existe aucune appartenance à un groupe social déterminé qui ait plus de représentations sociales négatives que la maladie mentale:

Sur 36 000 personnes interrogées dans l’enquête « Santé mentale en population générale », plus de 75% associent les termes de fou et de malade mental à des comportements violents et dangereux. Plus de 75% des sujets associent le terme dépressif à la tristesse, l’isolement et le suicide. Les personnes jeunes et celles qui ont un niveau d’éducation et de revenu élevé catégorisent plus fréquemment les comportements violents et dangereux dans le champ de la maladie mentale plutôt que dans celui de la folie.[2010-NDLR]

Malheureusement, toutes les enquêtes à ce sujet sont concordantes:

Les études menées depuis une vingtaine d’années montrent que les stéréotypes attachés aux « malades mentaux » véhiculent les notions de danger, de peur, l’exclusion de la communauté, l’imprévisibilité et l’irresponsabilité (4). Ce sont les éléments du stigmate porté sur les personnes identifiées comme relevant de ce groupe. L’enquête « Santé mentale en population générale : images et réalités »,menée en France, décrit trois archétypes : le fou, le malade mental et le dépressif (5). Dans l’imaginaire collectif, le fou, c’est celui qui n’a pas conscience de sa folie et dont les actes ne peuvent être expliqués. Le malade mental possède les mêmes caractéristiques que le fou mais intégrées à une compréhension médicale (maladie/cause/traitement). Enfin, le dépressif
correspond à un état passager, justifié par les événements de vie et l’histoire individuelle. Pour résumer, on pourrait dire : « le fou est fou, le malade mental a une maladie et le dépressif fait une dépression » (6).

Des études sociologiques suivant « l’affaire de Pau » ont montré une tendance lourde des médias à traiter de la psychiatrie sous l’aspect sensationnaliste:

De manière synthétique, cette analyse met en évidence la forte présence (premier pôle, 72 %) sur internet d’articles relatifs à l’affaire de Pau sous l’angle de la description du crime, de l’auteur du crime et de ses conséquences judiciaires. À peine un tiers des articles collectés se focalise sur la santé mentale, ses aspects historiques et institutionnels, son actualité. Peut-on parler d’une image caricaturale de la maladie mentale ? Ou de représentations sociales statiques de la maladie mentale ? Dans tous les cas, l’importance de ce pôle (72 %) confirme la tendance des médias à traiter l’information liée à la psychiatrie majoritairement sous l’angle du fait divers, voire du sensationnel.

Cette stigmatisation bien connue en psychiatrie s’étend au registre sémantique commun, en particulier celui des insultes:

Dans le prolongement de sa campagne d’influence #UneAutreRéalité et à l’occasion des Journées de la schizophrénie, la Fondation Pierre Deniker pour la recherche et la prévention en santé mentale a commandé à Linkfluence une étude sur l’utilisation du terme schizophrénie sur le web social. 106 000 publications ont été recensées et analysées entre juillet 2017 et décembre 2018. Globalement, on observe que l’usage du terme schizophrénie est péjoratif, voir détourné de son acception médicale dans les espaces politique et culturel. Les internautes contribuent ainsi à la méconnaissance de la maladie, voire à sa stigmatisation en attribuant des connotations ou des sens éloignés des réalités du trouble.

[…]

Dans l’espace politique,qui recouvre 26% des publications, le terme est employé à 90% comme une insulte pour disqualifier non seulement le discours mais aussi l’adversaire en tant que personne.

[…]

Sur Twitter, les publications personnelles et originales représentent près des 2/3 des publications. Les 18-24 ans s’emparent du terme avec des orthographes et des acceptions totalement décalées, humoristiques ou insultantes. La polysémie et la confusion sémantique généralisée confirment la pertinence du débat sur un changement de terme pour qualifier la maladie, comme cela a été fait au Japon.
Le Pr Raphaël Gaillard, psychiatre, président de la Fondation Pierre Deniker, chef de pôle GHU Paris – Sainte Anne souligne : « Les réseaux sociaux, dès que l’on sort du champ expert, celui des patients et des soignants, confirment la grande confusion sémantique qui règne autour de la schizophrénie. Le terme est utilisé bien souvent, particulièrement dans le champ du politique, pour stigmatiser voire insulter. Que dit-on d’une personne traitée de schizophrène sur le web social ? Qu’elle n’est pas digne d’être écoutée. Forts de cette étude, nous allons donc sensibiliser les politiques et les journalistes à la souffrance engendrée par cet usage inapproprié chez les 1% de Français souffrant de la maladie et chez leurs proches ».

Des usages polysémiques et hétérogènes du terme « schizophrénie »
Les usages autres que médicaux du terme sont polysémiques (dualité, paradoxe, contradiction, incohérence, dangerosité, folie) et très hétérogènes selon l’âge, le milieu social et culturel. Les jeunes sont particulièrement actifs sur Twitter, qu’ils utilisent comme espace de conversation entre amis, usant fréquemment des hashtags « skizo » et « schizo ». Le terme est alors totalement déconnecté des réalités de la maladie et de l’utilisation usuelle du mot. Tous âges confondus, 1035 tweets sur la période sont construits sous la forme d’insulte («espèce de», «putain de»), ou utilisant le registre familier ou d’autres injures.
Les stigmates transparaissent dans ces insultes mais pas seulement. L’insulte existe aussi par elle-même, totalement déconnectée de la maladie. On observe une utilisation plus fréquente dans ces cas de l’abréviation «schizo» ou sa version argotique «skizo».

On le voit l’insulte accusant l’autre de maladie mentale est particulièrement commune.
Elle recouvre en signifié les « accusations » suivantes:

  • La personne est violente/dangereuse
  • Étrange, incompréhensible dans le discours et les actes
  • Elle agit sans raison compréhensible.
  • Elle ignore son état pourtant évident
  • Ses agissements ne relèvent pas du « bien public », mais d’un comportement abscons
  • Sa politique n’est donc pas motivée par une idéologie, mais bien par sa pathologie
  • Elle devrait être soignée de force, par enfermement et médication forcée; jusqu’à ce qu’elle adopte votre façon de penser/votre comportement
  • Accusation d’être « hors norme », avec sous entendu que la norme devrait être celle de l’accusateur
  • Ceux qui soutiennent politiquement la personne sont complices de l’état de fait (laisser une personne dangereuse en liberté)
  • De même, ceux-ci sont accusés implicitement de partager les mêmes normes déviantes de l’accusé (puisqu’ils sont ses électeurs)
  • Les électeurs sont responsables de la situation puisqu’ils mettent un malade mental au pouvoir

Ce type de rhétorique est donc particulièrement pervers vu les sous entendus véhiculés. Quant à la forme, elle même, il s’agit d’un mélange particulièrement pervers d’une attaque ad personam et ad hominem.
Le sujet attaqué ne peut émettre des jugements/raisonnements « sains » puisque c’est un malade mental; mais selon l’accusateur les jugements raisonnements de l’attaqué MONTRENT qu’il est malade mental. C’est un raisonnement circulaire, typique des argumentations émanant de personnes de la complosphère/fachosphère, dont aucun des deux termes n’est l’introduction ou la conclusion.
D’où l’impossibilité de le contrer puisqu’il est irréfutable.
Au pire du pire, le locuteur accusateur pourra toujours arguer « d’humour », ou bien d’expressions passées dans le langage courant et qui n’ont pas la force d’argumentation que nous pouvons nous y trouver. Sous entendu logique: utiliser un tel argument détourne l’accusation de maladie mentale vers vous.

B)Pratique de la stigmatisation psychiatrique en politique

Il nous reste désormais à vous montrer la forme et la diversité de ces pratiques rhétoriques détestables. Pour cela, nous avons fait un rapide tour de twitter pour y trouver de telles accusations lancées à l’emporte pièces, et pourtant si significatives comme nous venons de le voir. Nous avons divisé cette récolte en ce qui nous semblait être des catégories, mais elles auraient pu l’être autrement.
En tout cas, ne voyez pas d’exhaustivité dans ces captures, il s’agit d’illustrations à titre d’exemple.

1)Médias

Malheureusement, les médias raffolent de ce petit jeu de psychiatriser les personnalités politiques. En soit, ca ne semble pas grave, mais c’est rarement innocent idéologiquement. Exemple avec « Le Point » qui raffole de ce genre d’article. On y trouve à boire et à manger.  Premier exemple, on y trouve un exercice auquel certains médias raffolent: psychiatriser les « grands dirigeants de l’histoire. Disons le, ca n’a aucun intérêt, si ce n’est expliquer les grands mouvements de l’histoire par des analyses strictement personnelles. C’est anti historique au possible. on n’expliquera pas le 3ème Reich par la personnalité d’Hitler, mais bien par le contexte historique et les grands mouvements de pensée politique du 19ème siècle en Allemagne:

psychiatrie historique?

Le souci c’est que ca ne s’arrête pas là. Lorsque le média commence à analyser les élus selon la sensibilité politique de celui-ci; les différences de traitement s’accentuent:

Analyse élogieuse de Macron, stigmatisation psy de l’opposant Mélenchon… Ca commence à sentir mauvais.

Le même média aura tendance à psychiatriser de façon « douce son « favori ». Par exemple, si Macron semble ralentir dans ses contre réformes, c’est qu’il est « déprimé »/ »dépressif ». Rappelons nous ce que nous disions sur la dépression au dessus:

Pauvre Macron déprimé

Bien entendu, plus le média est orienté à l’extrême droite, plus celui-ci peut se permettre n’importe quoi. Il peut refaire du Segatori et inviter un(e) psychologue/psychiatre du même bord que vous et déblatérer de l’analyse de comptoir. Ca tombe bien CNEWS en a une à demeure:

Rond de serviette chez Bercoff, CNEWS ou Bvoltaire; Marie-Estelle Dupont a un tropisme d’extrême droite. Et quand en plus, sans avoir l’air d’y toucher, elle déblatère un discours pro Poutine sous couvert de psychologie… Le tout en se faisant de la pub pour ses œuvres, faut bien vivre.
Mais CNEWS peut faire pire. Parce que cette chaîne de pure propagande possède aussi des gens capables de faire des analyses psy de comptoir sans avoir aucune compétence en la matière. Avec Dupont, on avait au moins l’excuse du diplôme. Là regardons ce que le toutologue en chef de CNEWS peut dire. On a nommé Mathieu Bock-Côté:

Bock Coté ou la vacuité de l’analyse

2)L’analyse psychiatrique de comptoir

Ce comportement à des élèves qui sont ou des inconnus au bataillon, ou des troisièmes couteaux de l’extrême droite. Disons le, c’est n’importe quoi. Les gens mélangent les termes sans aucune connaissance clinique en psychologie. Il s’agit juste de mettre des mots pour justifier de la pathologie psychiatrique que le posteur a cru déceler en bon spécialiste ignare de la chose.

Petit point de détail sur le candidat qui réalise des scores électoraux inférieurs au degré d’alcool d’une Tourtel, nous voulons parler d’Asselineau.

Non seulement celui ci est un récidiviste de cette méthode rhétorique peu ragoutante (voir aussi plus loin), mais de surcroît, il en a même fait une courte vidéo de 16mn…

3)L’injure psychiatrisante

Mais comme nous l’avions dit plus haut, l’essentiel de ces déclarations assimilant maladie mentale et politiques relèvent purement de l’injure. Plus subtile qu’il n’y parait comme nous l’avons vu plus haut, certes, mais injure quand même. A nouveau, nous les avons sub divisées en 2 parties. Celles qui relèvent de l’injure « simple », puis celles qui relèvent de la stigmatisation plus grave encore.

  • Injure « simple »

Comme vous le voyez cette sub-division est fragile nous en avons conscience. Quand Rieu balance à un twittos que celui-ci a fait de « l’HP »; il y a bien évidemment une invocation d’une tentative de disqualification sociale/politique totale. Cependant la « forme » reste « simple » comme un anathème ordinaire lancé en pleine figure. Nous jugeons ici plus la forme que le fond.

  • Injure stigmatisante

Plusieurs remarques dans cet inventaire à la Prévert.

  • Comme nous l’avions fait remarque plus haut, Asselineau revient dans cette spécialité. Il est décidément coutumier du genre. Et notons que ses suiveurs goûtent assez l’insulte puisqu’ils sont 26% à le suivre dans cette démarche déplorable.
  • La fachosphère fonctionne par phénomène de mode. Il est donc significatif de trouver Goldnadel et L. Alexandre qualifier de la même façon, tous les deux, une affiche qui a beaucoup fait parler dans la fachosphère.
  • « Gauchisme=maladie mentale » est devenu un mème dans la fachoshère. C’est même une expression du sociolecte fascisant. Si vous prenez deux minutes, cherchez cette expression sur google, vous serez étonné de sa redondance.
  • Les posteurs de ce genre d’insultes ont une méconnaissance totale de la moindre notion de psychiatrie et mélangent allègrement symptômes, syndromes et diagnostics.

 

CONCLUSION

Nous sommes arrivés au bout de cette analyse sans prétention d’un phénomène rhétorique de fond de la fachosphère se développant ces dernières années. Il ne vient pas là par hasard. A notre avis, il suit des changements de paradigmes sociétaux et surtout le procédé d’accusation de maladie mentale suit une doxa bien spécifique aux droites extrêmes.

  • Conflictualisation croissante des débats nationaux sur tous les sujets. Cette violence engendrant des rhétoriques de plus en plus agressives.
  • Nier à son interlocuteur la qualité d’être humain. Que ce soit en l’accusant d’être immigré, juif/musulman, etc… vous déniez à votre adversaire le droit de s’immiscer dans le débat. C’est la même chose avec la stigmatisation psy. Dialectiquement, ce type d’accusation ne tombera pas sur les immigrés que la fachosphère veut responsable des problèmes. Ces accusations viserons plus des leaders dominants blancs de notre société. LA césure se fait là au niveau de l’ethnie, de la religion. Une personne d’extrême droite va attribuer à celui qui est censé partager son camps une maladie mentale. En effet, pour celui-ci le dominant blanc « trahis » son appartenance. Soit il est corrompu, soit il est « fou ».
  • Cet exemple de stigmatisation montre une fois de plus, si il en était encore besoin de l’inutilité de discuter avec une personne d’extrême droite. Ceux ci ne cherchant pas à échanger, argumenter, mais bien à détruire son adversaire.
  • Enfin nous pouvons supposer que ces « insulte psy » sont typique de l’époque actuelle. Le système économique capitaliste  engendre une doxa expliquant les comportements par des problématiques individuelles plutôt que par des mouvements sociaux, économiques et historiques.  Sans l’individualisation des comportements, on constate une dissolution de l’idéologie du politique. Il est facile dès lors à vouloir expliquer l’opposition idéologique de l’adversaire par une disposition naturelle psychiatrisante.

Auteur de l’article : Sutter Cane

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