Debunkers des rumeurs / hoax d'extrême droite

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Départementales : « premier parti de France », arnaque du Front national?


Chers lecteurs, amis militants, vous vous souvenez de Mathieu Vernerey? Et bien les debunkers ont la joie et la fierté de vous annoncer que celui ci rejoint officiellement l'équipe des "Debunkers". Voici son premier article en tant que tel.
Bonne lecture!

Départementales : le Front national, « premier parti de France » ?

 

Au lendemain du premier tour des élections départementales, une bien curieuse infographie s’est répandue sur les réseaux sociaux (Facebook et Tweeter), comme pour rappeler que le Front national serait (encore) le « premier parti de France » – titre revendiqué par le FN depuis les élections européennes de mai 2014.

 

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 (Infographie réalisée par TV Libertés et postée ici sur sa page Facebook)

 

Cette infographie a été réalisée par TV Libertés (média online d’extrême-droite) et s’appuie sur des chiffres officiels du ministère de l’Intérieur. On y découvre par exemple que le FN est à 25,19%, le PS à 13,34%, l’UMP à 6,51%, etc. Il n’en fallait pas moins pour que des supporteurs frontistes déclament que le FN restait donc le « premier parti de France » - à supposer qu’il l’ait été auparavant - et que les médias, une fois encore, mentaient sur la « victoire » qui aurait été « volée » au parti de Marine Le Pen.

 

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( Chiffres officiels du ministère de l’Intérieur concernant les résultats du premier tour des élections départementales 2015)

 

 

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(Infographie de TV Libertés relayée par le cadre FN Christophe Boudot sur son compte Twitter)

 

  • Une « victoire » électorale volée ?

 

Revenant sur cette infographie dans un article intitulé « Le festival d’intox du Front national », l’équipe Désintox de Libération prend soin de rappeler la spécificité de ces élections départementales, en en révélant certaines anomalies :

 

« Les chiffres sont bien ceux du ministère de l’Intérieur. Mais présenter les chiffres de cette façon, en isolant le score de l’UMP et du PS, n’a aucun sens : il exclut de fait le score des candidats des deux partis s’étant alliés au premier tour avec d’autres forces de leur famille politique. Or le nouveau mode de scrutin des départementales, par binômes mixtes, a favorisé ce type de candidatures, aboutissant à un éclatement du score de l’UMP et du PS sous différentes étiquettes : Union de la droite, Union de la gauche, Divers droite, Divers gauche… »

 

À son tour, l’équipe des Décodeurs du Monde apporte quelques précisions sur ces chiffres dans deux articles intitulés « "Divers gauche" ou "union de la gauche", le flou agace les partis » et  « Comment le FN bénéficie de la valse des étiquettes ». Le Monde précise notamment que cette présentation des résultats par le ministère de l’Intérieur a finalement mécontenté l’ensemble des partis, à droite comme à gauche, et que par exemple le Parti de Gauche ou le Parti communiste ont pu voir leurs résultats éclatés dans au moins trois catégories différentes.

 

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/03/23/divers-gauche-ou-union-de-la-gauche-le-flou-des-etiquetages-agace-les-partis_4599153_4355770.html

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/03/25/departementales-comment-le-fn-beneficie-de-la-valse-des-etiquettes_4601024_4355770.html

 

Selon le mode de scrutin choisi et la présentation officielle des résultats, il s’avère donc impossible d’isoler les résultats pour chaque parti. La plupart des médias ont ainsi décidé de tenir compte des alliances et des familles politiques, ainsi que des investitures officielles, pour tenter de simplifier et de transposer au mieux la multiplicité des configurations locales sur le plan national. Cet exercice ne peut se révéler qu’imparfait, et il a souvent donné lieu à des scénarios contradictoires et des ordres de grandeur différents. Si dans chacun des cas l’UMP avec ses alliés de droite s’est retrouvée en tête, le FN a pu se voir disputer la seconde place par le PS et ses alliés de gauche, selon les interprétations. En fonction de tous ces paramètres, difficile donc d’affirmer comme le font ses partisans que le FN serait le « premier parti de France » – a fortiori lorsqu’il ne s’agit que du premier tour et que le dénouement des élections se joue au second.

 

Mais la supercherie d’extrême-droite ne s’arrête pas là. Si la présentation des chiffres officiels s’avère imparfaite, Le Monde et Libération ont probablement été un peu rapides dans leurs articles en affirmant que le Front national serait exempt de cette confusion, au motif qu’il aurait « présenté sous la même étiquette des binômes de candidats qui ont été rassemblés dans la même nuance » ou qu’il n’aurait « pas conclu d’alliance pour ce premier tour », ce qui est inexact.

 

  • Alliance FN-RBM : à qui le titre de « premier parti de France »?

 

Le Front national a bien conclu des alliances, et ce à chaque rendez-vous électoral depuis 2012. Il n’est pas inutile de rappeler qu’à ces élections départementales encore, le FN s’est de nouveau allié au Rassemblement Bleu Marine (RBM).

Il ne s’agit pas ici de rhétorique, mais de la stratégie frontiste mise en place depuis maintenant trois ans. Si le RBM est bien une émanation du FN – et donc en réalité son prolongement –, il n’en est pas moins une entité politique à part, autonome dans son fonctionnement, et une coalition de partis et groupuscules politiques. Parmi ses composantes : le FN, le SIEL (Souveraineté, Indépendance et Libertés), le PEC (Patrie et Citoyenneté) et, lors de précédentes alliances électorales, le MPLF (Mon Pays la France), l’Entente Républicaine, le Rassemblement Républicain et le Parti de l’In-nocence.

 

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(Présentation officielle du RBM et de ses trois principales composantes : le FN, le SIEL et le PEC)

 

Au sein du RBM, lors de ces départementales de mars 2015, le SIEL a notamment présenté 45 candidats qui, dans les compte-rendus officiels des résultats du premier tour, ont finalement été étiquetés FN. Pourtant, sur toutes les affiches de campagne et l’ensemble des supports de communication, les alliances du FN apparaissent clairement à travers le logo RBM, de manière distincte. Ce qui n’a pas empêché le SIEL de communiquer lui aussi sur la liste de ses candidats investis SIEL/FN/RBM – et pas simplement FN, comme le laissait entendre jusqu’à présent le Front national, préférant se présenter comme victime du décompte électoral et assumer seul les résultats obtenus à travers l’alliance RBM.

 

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( Présentation des 45 candidats du SIEL et précisions sur les conditions de leur investiture SIEL/FN/RBM)

 

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(Affiche de campagne FN-RBM postée par la section savoyarde du SIEL sur sa page Facebook et présentant deux de ses candidats sous l’appellation SIEL)

 

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(Résultat de campagne (avec l’intitulé FN) posté par la section savoyarde du SIEL sur sa page Facebook et déclarant : « Seul vote utile, le vote SIEL/FN »)

 

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(Résultats de campagne postés par le SIEL (direction nationale) sur sa page Facebook pour l’ensemble de ses candidats investis FN/RBM/SIEL)

 

Ainsi, dès sa création, le RBM a été conçu pour permettre à des candidats non-encartés FN (ou ne souhaitant pas l’être, quelles qu’en soient les raisons) d’apporter leur soutien à Marine Le Pen – et indirectement à son parti –, et pour permettre de toucher également de nouveaux électeurs au-delà de l’électorat frontiste traditionnel : ceux-là même qui, tout en ressentant une gène à l’égard du Front national, souhaitaient apporter leur soutien à sa présidente.

 

Sans la stratégie de différenciation, puis d’alliance avec le RBM, le FN n’aurait jamais obtenu ses derniers résultats lors des différentes élections depuis 2012. Et, donc, l’alliance FN-RBM est de nouveau la stratégie prévalant lors de ces élections départementales. Ainsi, dans les chiffres officiels du ministère de l’Intérieur comme dans l’infographie de TV Libertés, il aurait fallu pouvoir différencier les résultats du FN et du RBM, ou encore du SIEL. Mais, comme pour tous les autres partis et alliances politiques, cet exercice est impossible, à moins de ne mentionner que le RBM, au risque alors pour le FN de ne plus apparaître en tant que parti dans la présentation des résultats. Ce qui serait le comble pour le « premier parti de France » qui, au passage, sans le soutien du RBM, ne pourrait prétendre être le « premier parti » ni de France ni de Navarre.

 

 

  • Les « succès » électoraux du « premier parti de France »

 

S’agissant de cette auto-proclamation du FN comme « premier parti de France », il convient là aussi de démontrer la supercherie. Précisément en retraçant les « succès » électoraux ayant galvanisé le parti frontiste pour prétendre à un tel titre. Et en rappelant au passage que, depuis 2012, il n’est pas question du FN seul, mais de l’alliance FN-RBM, dont voici donc les principaux résultats :

 

Depuis 2012, le FN-RBM dispose de 2 députés sur un total de 577 (soit 0,3% des députés), de 2 sénateurs sur un total de 348 (soit 0,5% des sénateurs), de 12 maires sur un total de 36681 (soit 0,03%  des maires), de 1546 conseillers municipaux sur un total de 587335 (soit 0,2% des conseillers municipaux) et d’aucun président de la République ou membre de gouvernement (soit 0% de chef d’Etat ou de ministres). Jusqu’au terme des prochaines échéances électorales (départementales, en cours, et régionales, en décembre prochain), le FN (seul, car le RBM n’existait pas lors des précédentes élections) dispose de 2 conseillers généraux sur un total de 4058 (soit 0,05% des conseillers généraux), de 112 conseillers régionaux sur un total de 1757 (soit 6,3% des conseillers régionaux) et ne possède aucune présidence de conseil général ou de région (soit 0% de présidence pour chacune de ces collectivités). Le FN-RBM a cependant obtenu 8 conseillers départementaux lors du premier tour des élections départementales de 2015 (en attente des résultats définitifs à l’issue du second tour). Reste les députés européens, qui méritent un éclairage particulier.

 

Pour se prévaloir de son rang de « premier parti de France », le FN oublie d’abord qu’il lui a fallu s’allier au RBM et à chacune de ses composantes – et qu’il ne dispose donc pas seul des lauriers –, et que son seul succès électoral repose en fait sur des élections dont il dénigrait auparavant la finalité : les européennes. Car le FN s’avère le plus prompt à affirmer que le Parlement européen ne dispose d’aucun pouvoir et qu’il sert de faire-valoir pour une Union européenne présentée par la direction frontiste comme une organisation illégitime et non-démocratique. C’est ainsi que le FN-RBM dispose de 24 députés européens sur un total de 74 pour la France (soit 32% des eurodéputés français), mais alors, après une telle vision de l’Europe, avec quelle crédibilité ? Et ce d’autant que, fort de son succès électoral, le FN-RBM n’est même pas parvenu à constituer un groupe politique au Parlement européen et que ses eurodéputés ont été élus sur la base d’un taux de participation électorale de 43%. Avec par conséquent un taux d’abstention de 57%, relativisant ainsi sa seule victoire dans les urnes, quelle légitimité pour le « premier parti de France » ? Et ce, a fortiori lorsqu’on considère l’ensemble de ses résultats électoraux ?

 

Pour en finir avec cette infographie de TV Libertés – qui veut donc faire croire que le FN resterait le « premier parti de France » à l’issue du premier tour des départementales, sans même remettre en question qu’il l’ait réellement été auparavant –, il convient de relire rigoureusement son intitulé et son descriptif : « Résultats officiels et définitifs des élections départementales 2015 ». Il n’y avait bien qu’un média d’extrême-droite pour imaginer interrompre ainsi un processus démocratique au premier tour d’une élection.

 

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( Intitulé et descriptif de l’infographie postée par TV Libertés sur sa page Facebook)

 

 

FOCUS: Crise bleu marine : Entre le SIEL et le FN, alliance ou allégeance ?

 

La valse des alliances nouées par le FN depuis la création du Rassemblement Bleu Marine, en 2012, montre l’opportunisme politique de la direction frontiste, en particulier de sa présidente Marine Le Pen. Plusieurs des premiers alliés RBM du Front national, lors des législatives de mai 2012, ont ensuite été soit délaissés ou écartés, comme l’Entente Républicaine de Jacques Peyrat (lequel a dû faire cavalier seul lors des municipales de 2014), soit absorbés, comme le Rassemblement Républicain de Jean-Yves Narquin (lequel a privilégié sa propre promotion au sein de l’organigramme RBM). Seul le SIEL (Souveraineté, Indépendance et Libertés), membre fondateur du RBM au même titre que le FN, compte encore aujourd’hui parmi les trois principales composantes de cette coalition à laquelle le PEC (Patrie et Citoyenneté) s’était joint entre-temps.

 

Mais le SIEL a dû payer le prix fort pour maintenir son alliance, en poussant vers la sortie son propre président fondateur Paul-Marie Coûteaux, en octobre 2014. Ce dernier venait de connaître la disgrâce aux yeux de Marine Le Pen quelques mois plus tôt, avant de se voir démettre, dans la foulée, de son poste d’administrateur du RBM. Car après avoir été courtisé pour ses réseaux politiques, le co-fondateur du SIEL et du RBM était désormais accusé de vouloir transformer son propre parti en « cheval de Troyes de l’UMP ». Ce sont en fait des questions de positionnement de fond, mettant notamment le FN au pied du mur quant à sa supposée « normalisation » politique, qui ont commencé à envenimer les relations au sein du RBM, avant de se propager au SIEL lui-même. Et dans cette bataille d’influence, c’est le Front national qui l’a emporté, en manœuvrant pour la mise en place d’un congrès extraordinaire du SIEL et pour l’élection d’un nouveau président au profil frontiste et proche de Marine Le Pen : Karim Ouchikh. Ce « putsch » s’est effectué dans un climat délétère et sur fond de procédures contestées, comme en atteste un article du Nouvel Obs intitulé « Extrême-droite : l’OPA de Le Pen sur le groupuscule de Paul-Marie Coûteux ».

 

Dans une lettre ouverte adressée à Marine Le Pen, datée du 27 octobre 2014, le président déchu du SIEL dit tout le bien qu’il pense du RBM, du FN et de sa présidente. Cette dernière est notamment comparée à un « bulldozer » et se voit attribuer comme philosophie de vie que « quiconque n’est pas entièrement aligné devient un ennemi à éliminer par tous les moyens ». Paul-Marie Coûteaux poursuit en précisant qu’« on n’imagine pas, en France, que la présidente d’un parti désigne celui d’un autre parti, fût-il son allié ». Et de s’interroger dès lors : « Faire main basse sur les partis deviendra-t-il une habitude ? ». En estimant qu’« un bulldozer ne s’arrête jamais ».

 

Le témoignage de cet « allié déçu » (dont la déconvenue était prévisible et ne le dédouane pas de participer lui-même, de près ou de loin, à la mouvance d’extrême-droite) donne un bon aperçu de l’atmosphère qui règne au sein du Front national et du Rassemblement Bleu Marine, des manœuvres également qu’est capable d’entreprendre la direction frontiste pour asseoir son emprise, et finalement de la conception que celle-ci se fait de la relation avec ses alliés. Un nouvel exemple, donc, de l’« exemplarité » du Front national, qui en dit long sur l’avenir promis à la France si d’aventure celui-ci devait accéder un jour au pouvoir.

 

http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20141026.OBS3217/extreme-droite-l-opa-de-le-pen-sur-le-groupuscule-de-paul-marie-couteaux.html

http://www.youscribe.com/catalogue/formulaires-et-lettres-types/actualite-et-debat-de-societe/politique/lettre-ouverte-a-le-pen-2511890

 

 

Debunked !!!



27/03/2015
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